Des billets de banque qui tombent du ciel pour relancer l'économie, c’est possible ? - YouTube

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Imaginez Paris, dans un futur proche.
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Tout d’un coup, des billets de banque tombent du ciel, ou plus exactement d’un hélicoptère.
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Le pilote, ce ne serait pas le père noël, mais un pilote de la Banque centrale européenne.
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Un scénario imaginaire, digne d'un film, et pourtant...
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Cette idée utopique d'un hélicoptère qui lance des billets depuis les airs déchaîne les passions.
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Elle a même été théorisée dès 1969
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par un des économistes les plus influents de l’histoire : Milton Friedman.
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Une théorie connue sous le nom d'helicopter money.
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C'est-à-dire un hélicoptère monétaire.
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Et l’objectif de cet hélicoptère, c’est de relancer la croissance économique.
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Habituellement, deux outils principaux sont actionnés pour relancer la croissance :
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le budget en baissant les impôts,
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et la monnaie, en baissant les taux d’intérêt directeurs des banques centrales pour booster les crédits.
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A chaque fois, dans l’espoir que la consommation et l’investissement repartent.
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Le problème : c’est que baisser les impôts, les gouvernements n’aiment pas beaucoup,
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car ça veut dire moins d’argent dans les caisses de l’Etat, en tous cas dans l’immédiat.
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Et en ce qui concerne les taux d’intérêt, ils sont à un niveau historiquement bas
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en Europe et aux Etats-Unis.
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Les marges de manœuvres sont donc faibles.
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D’où cette idée qui refait surface :
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celle d’un hélicoptère qui lance de l’argent depuis le ciel.
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Les gens se servent, et dépensent l’argent
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pour combler les fins de mois difficiles,
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faire leurs courses, ou réaliser des travaux à la maison.
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Il peut y avoir deux objectifs :
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relancer la croissance économique ;
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ou rehausser l’inflation, c’est-à-dire l’augmentation générale des prix.
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L'helicopter money est un image empruntée à Milton Friedman,
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le chef de file des monétaristes,
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ces économistes très libéraux qui avaient largement influencés
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la politique menée aux Etats-Unis et en Grande-Bretagne à partir des années 1970.
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Pour lui, s'il y avait de l'inflation,
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cela s'expliquait par une quantité de monnaie dans l'économie trop abondante.
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Et s'il n'y avait pas assez d'inflation, c'est que la quantité de monnaie était insuffisante.
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Cela l'a amené a formuler cette image d'hélicoptère monétaire
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pour dire que dans les situation de déflation, où l'inflation manque,
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ce qu'il faut, c'est augmenter la quantité de monnaie en circulation.
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et donc déverser des quantités de monnaie dans l'économie par hélicoptère.
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C'est l'image qu'il a développé.
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De la théorie de Milton Friedman à la pratique, l'idée fait son chemin.
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Dès 2002, Ben Bernanke,
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à l’époque membre du conseil des gouverneurs de la Réserve fédérale américaine,
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évoque l’idée dans un discours.
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14 ans plus tard, et après en avoir été le président,
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il en parle de nouveau, la qualifiant de
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« meilleure alternative possible » « dans certaines circonstances extrêmes. »
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Voilà pour les Etats-Unis. Et en ce qui concerne l'Europe...
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Mario Draghi, le président de la Banque centrale européenne,
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n'a pas exclu complètement l'idée de l'hélicoptère monétaire.
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Il a émis des réticences.
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Et la raison pour laquelle il y a des réticences
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est que l'on ne sait pas comment, en pratique, ce serait fait.
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La seule chose que la BCE n'a pas le droit de faire, c'est de financer directement le déficit des Etats.
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Mais tout le reste, y compris des transferts directs ou indirects aux citoyens
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sur leurs comptes en banque, potentiellement, reste légal.
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L'idée d'hélicoptère monétaire nous vient de Milton Friedman,
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et c'est une métaphore, une idée imagée d'un hélicoptère ou d'un avion
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qui balance des billets de banque.
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Ce n'est pas une idée concrète de politique économique.
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On comprend donc que l'objectif derrière, quelque soit sa mise en pratique,
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c'est d'avoir un effet direct sur la consommation des ménages.
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Mais alors, pourquoi ne voit-on toujours pas ces fameux hélicoptères voler dans le ciel ?
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C’est qu’en réalité, ce n’est pas aussi simple que ça en a l'air.
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Si l'hélicoptère money était mis en place, ce dont on peut douter
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car cela semble être pour le moment une idée un peu originale,
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et peut-être un peu trop originale pour le conservatisme des banquiers centraux.
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Mais si les banques centrales venaient à l’expérimenter
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cela permettrait de répondre à un problème de transmission de la politique monétaire,
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pour autant, ce ne serait sans doute pas une baguette magique.
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Déjà, c’est sûr qu’un hélicoptère ça en jette, mais ce n’est qu’une image.
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Une banque centrale pourrait faire la même chose avec des chèques ou des virements aux citoyens.
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Plus sérieusement, la première barrière est idéologique.
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En théorie, les banques centrales font tourner la planche à billet
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en baissant les taux d’intérêt directeurs.
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Ce qui va impacter directement les banques commerciales.
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Et toujours en théorie, elles devraient répercuter cette baisse
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sur les taux des crédits.
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Résultat, les particuliers sont plus nombreux à y souscrire,
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et il y a plus d'argent en circulation.
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Vous l’avez compris : les banques sont des intermédiaires.
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Sauf qu’avec un hélicoptère, les banques commerciales sont court-circuitées,
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l’argent étant distribué directement auprès des particuliers.
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Et ça, ça déplaît aux banques,
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et à ceux qui estiment que ça fragiliserait le système bancaire.
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Cela ne passerait plus par les banques.
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Si les banques centrales en venaient à distribuer de la monnaie centrale directement aux ménages
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sous la forme d'un bon d'achat ou de billets, au fond, peu importe la forme,
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elle s'affranchirait du canal de transmission bancaire
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de la politique monétaire.
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Cet hélicoptère monétaire, cet instrument, est un peu la reconnaissance
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d'un dysfonctionnement du canal de transmission de la politique monétaire,
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du canal de transmission passant par les banques.
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Deuxième obstacle,
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l’argent par hélicoptère est distribué de sorte
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que les premiers arrivés sont aussi les premiers servis.
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Il peut aller à des personnes disposants de faibles revenus,
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qui dépenseront bel et bien l’argent parce qu’ils en ont besoin,
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ce qui leur profitera ainsi qu’à l’économie.
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Mais il peut tout aussi bien aller à des personnes qui peuvent épargner,
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c’est-à-dire qui laisseront dormir l’argent sur un compte en banque.
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Aussi, si les consommateurs achètent des produits importés,
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fabriqués ailleurs,
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cela ne profitera pas aux entreprises françaises et européennes.
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Mais surtout, les opposants craignent que si l’hélicoptère money
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est utilisé pour rehausser l’inflation,
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le risque est qu’il fonctionne trop bien,
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au point d’aboutir à une hyperinflation...
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Bref : à une hausse incontrôlée des prix, et à ses effets ravageurs.
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Leur autre critique est que si une banque centrale finance directement les ménages,
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le risque est qu’elle agisse sous la pression des gouvernements,
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et qu’elle perde ainsi son indépendance vis-à-vis du pouvoir politique.
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Une indépendance sur laquelle est assise sa crédibilité auprès des marchés,
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et qui lui permet d’être écoutée en cas de crise financière, comme en 2008.
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Et pourtant, malgré tous ces obstacles,
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les dernières politiques de la BCE interrogent les économistes.
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La Banque centrale, en particulier, a mis en place un certain nombre de mesures
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qui s'apparentent, d'une certaine manière, à l'hélicoptère monétaire,
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ou en tous cas qui pourrait être la politique monétaire du futur
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et aller davantage dans ce sens.
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Je pense notamment aux rachats de dettes, et de dettes publiques notamment, sur les marchés,
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qui donnent les conditions à une, peut-être, coordination des politiques monétaire et budgétaire.
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Et je pense surtout aux opérations de refinancement de la BCE aux banques
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qui restituent une partie de cet argent aux banques, sous condition que les banques
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prêtent aux consommateurs, aux ménages, et aux entreprises.
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On n'est pas encore dans une situation d'hélicoptère monétaire,
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il faut le dire très clairement en zone euro.
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Mais on peut aller davantage dans cette direction avec les outils que la BCE
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a d'ores et déjà mis en place.
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Il faut également préciser que l'hélicoptère monétaire est un concept fourre-tout
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où, dans le débat un peu sensible que nous avons actuellement
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on met plein de concepts très différents.
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Si c'est balancer des billets par un avion dans la population
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c'est la version la plus radicale qui, à mon avis, n'arrivera jamais.
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Si on parle de coordination entre politiques budgétaire et monétaire,
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alors oui, je pense que, dans certains cas, nous allons dans cette direction.
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Bref, les hélicoptères doivent encore convaincre avant de décoller.